Caillasse, lacs émeraude et pasta party en refuges italiens

Le Queyras, ça se mérite. Tout au bout de la vallée du Guil, tout près de l’Italie, on pose la voiture au parking de la Roche Écroulée. Le gros bloc planté là fait office de panneau d’accueil : « ici, on aime la pierre ». On arrive la veille, on trouve un coin pour la tente, et on prépare trois journées pleines façon « sacs légers, grands sourires ». Nuits en refuge pour épargner les épaules — c’est une première pour mes deux amies.
Jour 1 – Traversette : tunnel ou mollets ? Mollets
Départ matinal, superflu laissé dans la voiture (qu’on imagine déjà plus fidèle qu’un bâton télescopique). Première rencontre : une marmotte extravertie. Deuxième : une collection de lacets direction le Col de la Traversette. En bas, dilemme : Buco di Viso (le tunnel) ou le col (la vue) ? On choisit l’option « panoramas + mollets qui chauffent ».
Bien nous en prend : tout là-haut, une famille de chamois attend le moment calme pour traverser, comme à un passage piéton pour caprins polis. Nous prenons l’option pique-nique côté Italie, avec le regard qui se perd loin, très loin.
Ensuite, petite descente technique puis remontée vers le Rifugio Vitale Giacoletti. L’orage joue du tambour derrière nous, bande-son « allegro agitato ». On accélère sans se cramer, la falaise nous protège un peu, quelques gouttes nous rafraîchissent sur la dernière rampe (qui pique bien). Et soudain, la terrasse jaune du refuge apparaît, plein cadre sur le Mont Viso. Accueil chaleureux, jeux de société, plat fumant : combo gagnant. La nuit est salvatrice, avec ronflements de dortoir en bonus track.

Jour 2 – Quintino Sella sans eau au robinet, grands cols et option « ça passe » vers Bagnour

Le ciel s’est calmé. On traîne un peu, puis cap sur Quintino Sella. En milieu de matinée, nos gourdes commencent à tirer la langue. Au refuge, pas d’eau dispo ce jour-là (ça arrive : parfois il n’y en a pas assez pour tout le monde). Du coup, on recharge dans la rivière juste en dessous et on traite à la pastille. Gourdes remplies, on remet les pieds dans la caillasse.
Retour dans le minéral, coucou à un chamois, Passo Gallarino, puis Passo San Chiaffredo. À l’intersection, un panneau « Bagnour 3 h » pointe un départ de sentier droit dans la falaise. Pas engageant ? Certes. On y va quand même, têtus comme des bouquetins du dimanche. Le chemin accroche le rocher, puis plonge dans un immense pierrier. La descente n’en finit plus, les quadriceps passent en mode fondue.
Heureusement, la forêt finit par apparaître, et avec elle le Rifugio Bagnour, posé au bord de son lac, ambiance carte postale. La douche est bienvenue ! Sourire général, et le soir, spectacle “lyric & swing” dans la petite salle du restaurant. Chaleur, rires, et la sensation d’être exactement au bon endroit. Nuit parfaite.

Jour 3 – Col de Vallante, retour côté France et le sentier qui s’allonge tout seul

On remonte tranquillement la vallée vers le Col de Valante. Nous repassons la frontière, et basculons sur un grand pierrier français d’anthologie. On choisit de le descendre avant de pique-niquer pour avoir le plus costaud derrière nous. La pause est rapide au bord d’un petit lac : le vent est frisquet, on ne traîne pas.
La suite ? Un très long sentier qui suit la rivière jusqu’à la Roche Écroulée. On jurerait qu’il grandit à chaque pas. Et puis la voiture apparaît, stoïque. Moment sacré : déchausser. Tour bouclé, jambes en coton, sourire XXL.
Dernier clin d’oeil
On avait rêvé d’eau turquoise ; on a gagné la caillasse, les pâtes, et des vues qui collent un sourire idiot. Le Mont Viso coche « grandiose » à chaque case. Les jambes couinent, la tête flotte : on signe où pour la revanche ?
Carnet (très) utile, version légère
- Eau : à Quintino Sella, soyez autonomes. S’il y a un ruisseau, traitez l’eau (pastilles, filtre).
- Météo : départ tôt conseillé. Les orages aiment l’après-midi autant qu’on aime l’apéro.
- Traversette : tunnel = curiosité historique (frontale utile) ; col = balcon de rêve et mollets contents (après).
- Terrain : vraie caillasse, gros pierriers, sentiers raides parfois. Les bâtons sont vos meilleurs amis.
- Refuges : Giacoletti, Quintino Sella, Bagnour : accueil au top, réservation recommandée en saison.
